A Gravelines, avec 6 réacteurs nucléaires, nous sommes les champions d'europe . . .

(Ph. E. Vivier)
En janvier 2005, la Cour des Comptes a publié un rapport intitulé : "Le démantelement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs". La lecture de ce rapport page 119 (par exemple) nous apprend qu'en 1979, le coût de démantelement d'une centrale comme celle de Brénilis en Bretagne était estimé à 19,4M€. Sur le terrain, les travaux ont déjà commencé et l'estimation actuelle de leur coût est de 480 M€ ...
Article de E. Vivier extrait du bulletin n°98, pages 10à15, 2000
Le nucléaire ou le vent, Les pylônes ou les éoliennes, la pollution ou l'air pur, il faut choisir !
Il faut choisir... Oui mais... jusqu'où a-t-on le choix ?
Compte-tenu de la demande énergétique, peut-on se passer de nucléaire ? Il ne suffit pas de dire "y a qu'à" ... Il faut examiner les problèmes au fond : peut-on obtenir une énergie propre en quantité suffisante ? Et si oui, comment ? Le nucléaire, on en connaît les problèmes, les risques, les dangers. Les écologistes les ont maintes fois, depuis le début, montrés et, la réalité, maintes fois aussi, démontrés. Je ne ferai que les rappeler car tous ne sont pas toujours présents dans la conscience populaire: La pollution journalière, "normale" des centrales en fonctionnement, par leurs rejets atmosphériques et liquides. Elle est considérée comme légère, elle est réglementée, mais elle s'additionne, au fil des ans et... des siècles (si le nucléaire persiste). Les risques d'accidents, niés au début par les promoteurs du nucléaire, mais qu'on ne peut plus ignorer après "Three Mûes Island" (U.S.A.) et "Tchernobyl" (Ukraine). Le gigantesque problème des déchets qu'on ne sait et qu'on ne peut résoudre car il n'existe pas de solutions actuellement connues... alors que le danger s'accumule pour des siècles. Et puis, ce qu'on ne répète jamais assez, la DEPENDANCE, une dépendance nationale et locale.
C'est sur ce dernier point que je voudrais insister car on nous raconte que le nucléaire, c'est l'indépendance : faux ! archi- faux ! Au niveau national, nous sommes dépendants de l'uranium comme nous le sommes pour le pétrole, le gaz ou le charbon : presque tout l'uranium que nous utilisons provient de l'étranger ; la France n'est donc, pas du tout indépendante. Il en est de même au niveau local. L'énergie nucléaire produite par un petit nombre de sites qui concentrent les réacteurs. La distribution a lieu grâce à une gigantesque toile d'araignée de pylônes et de fils qui couvrent le territoire. Au niveau local, nous dépendons tous de ces centrales. qu'un accident ou un incident grave arrive, technique ou social, et c'est l'absence d'énergie dans les foyers. Sans la centrale, pas d'appareils électroménagers, plus d'activités . . . Nous sommes tous, TOUS, dépendants de cette électricité qui, comme le répète si bien EDF, est .nucléaire. Cette dépendance est insupportable. Et elle ne peut être durable. Il faut donc stopper cette production dangereuse à tous points de vue. Mais alors QUOI pour la remplacer ? Et d'abord, quels critères prendre en considération et quelle conduite citoyenne (pour utiliser un mot à la mode) adopter ?
1) Des économies d'énergie ? Oui, bien sûr, la formule sonne bien dans les objectifs et c'est vrai qu'on peut en faire. Mais dans quelles proportions ? Sommes-nous tous prêts à adopter les lampes basse-tension ? Elles coûtent beaucoup plus cher, sont plus grosses, et parfois difficiles à mettre en place dans nos installations... même parmi les écologistes, elles ne sont pas très répandues, et il ne faudrait pas trop paner sur ce point car il est probable que certains d'entre eux qui parlent d'économies d'énergie n'en ont pas chez eux. Et puis, qui pourrait abandonner sa machine à laver la vaisselle, son congélateur, etc... Faut pas rêver ! "Quand on a goûté à ces choses-là, on s'en passe vraiment difficilement. " C'est la chanson qui le dit, mais je crains qu'elle ne reflète trop souvent la réalité. Ces économies d'énergie-là il faut les envisager, les promouvoir, sans pour autant se bercer d'illusions. Par contre, s'il est un domaine où il est possible de faire d'énormes économies &énergie et tout particulièrement d'énergie électrique, c'est pour le chauffage des habitations. Le chauffage électrique devrait être fortement déconseillé et serait "un coût insupportable s'il n'était pas largement sousfacturé ; il constitue un gigantesque gaspillage déjà très onéreux actuellement. Il faut signaler aussi que le chauffage des habitations pourrait être bien réduit si leur orientation, lors de la conception architecturale des bâtiments, était prévue de manière à bénéficier au maximum de l'énergie solaire naturelle.
2) Des énergies non polluantes renouvelables et décentralisées Voilà bien l'objectif essentiel qui amène à éliminer le recours massif aux énergies polluantes et non renouvelables que sont le pétrole, le gaz et le charbon , en effet par la production de C02 qu'ils engendrent par leur non durabilité (moins d'un siècle pour les deux premiers, quelque trois siècles dit-on pour le dernier), et enfin, pour la dépendance qu'elles entraînent ces sources énergétiques ne peuvent être retenues et doivent être réservées à de plus nobles usages. On en arrive au bois... qui pose un problème délicat. En effet outre que sa combustion dégage du C02, il n'est renouvelable qu'avec une durée dont on n'est pas certain qu'elle soit respectée. Le déboisement mondial, actuellement constaté, est inquiétant , certes la filière bois peut être décentralisée mais est-elle la bonne pour le chauffage ? Que reste-t-il ? La méthanisation... qu'on oublie souvent. Elle peut être durable car il y aura toujours des déchets organiques à traiter. La combustion du méthane est source de C02, sans doute, mais la technique peut être décentralisée au niveau régional, assurer une certaine indépendance locale, et donc, être retenue. Je ne parlerai pas de l'éthanol ni du diester, dits encore biocarburants. Pour trois raisons : d'abord le rendement énergétique global, c'est à dire le rapport "énergie consommée / énergie utilisée pour les produire" est très faible (1,1 à 1,7) ; ensuite, pour obtenir la matière première, il faut faire appel à des techniques d'agriculture industrielle ; les prix de revient enfin sont très élevés. Ne restent alors que les techniques utilisant la nature, directement, c'est à dire l'énergie hydraulique, le soleil et le vent L'énergie hydraulique a déjà été beaucoup utilisée, à partir surtout des grands barrages établis sur les fleuves et les rivières ; de ce côtélà, il n'y a plus rien à envisager. Par contre, de petites centrales hydroélectriques sont possibles à condition qu'elles soient installées sur des biefs et non, sur le lit même de la rivière, avec pour celle-ci un débit réservé, prioritaire en période étiage L'énergie solaire, elle, a devant elle, un grand avenir, c'est certain. Si les chauffe-eau solaires ont moins la côte qu'au début des années 70 (après le premier choc pétrolier), les photopiles se développent de plus en plus. Et si l'on voulait consacrer autant de crédits au solaire qu'on en a consacré au nucléaire, il est probable qu'on trouverait ici des possibilités énergétiques immenses, peu onéreuses, et qui seraient, elles, susceptibles &assurer une véritable indépendance.
3) Les éoliennes dans le vent C'est surtout du vent que je veux parler maintenant, pour en montrer les possibilités, les avantages, et aussi, au passage, revoir les reproches que certains font à cette source d'énergie Déjà, dès 1980, la fédération Nord-Nature (Bulletin spécial "Énergie", n019, 2ème trimestre 1980, p.39 et 40, par J. Istas) avait signalé l'intérêt de l'énergie éolienne, tout particulièrement dans le Nord Pas-de-Calais. Mais, à cette époque, on ne connaissait pas les grandes éoliennes du type de celles qu'on installe maintenant C'est seulement en 1991, qu'une première éolienne, de type moderne, est installée à Malo-lesBains. Puis, en 1997 (cf Bull. Nord-Nature, fasc. 86, 1er trimestre, p.37-38) on inaugure la première installation d'envergure sur les bancs de dunes du Clipon. devant la zone industrialo-portuaire de Dunkerque - 9 éoliennes de 30m de hauteur, développant chacune 300 kw. soit 300 x 9 = 2700 kw (ou 2,7 Mw) en tout... ridicule à côté de la Centrale nucléaire de Gravelines avec ses 900 x 6 = 5400 Mw. Il aurait fallu 18 000 éoliennes du type de celles de Dunkerque pour obtenir l'équivalent du nucléaire de Gravelines. Etait-ce vraiment ridicule et utopique ? La question aujourd'hui se pose en termes différents. En effet l'éolienne qui vient d'être installée (et inaugurée) à Widehem, en arrière de Dannes, sur les côtes du Boulonnais, tout près de l'A16 Etaples-Boulogne, est la plus grande d'Europe. Haute de 50 m, elle va fournir à elle seule, 750 kw. Avec des éoliennes de ce type, il n'en faudrait plus que 7200 pour fournir une énergie équivalente à celle du nucléaire de Gravelines. Le Nord Pas-de-Calais compte 1800 communes : 4 éoliennes par commune, est déjà, un ordre de grandeur acceptable. Mais si l'on ne considère que les besoins en énergie électrique non thermique (donc à l'exclusion des chauffages électriques), l'éolienne de Widehem peut alimenter plus de 1000 foyers, soit environ 4000 personnes. Sur cette base, donc, c'est seulement 1000 éoliennes du type Widehem qui seraient nécessaires pour les 4 millions d'habitants du Nord Pas-de-Calais, soit une pour deux communes : parfaitement acceptable et raisonnable 1 De plus, on nous dit que dans un avenir proche, on saura construire des éoliennes de 1, voire 2 ou 3 Mw. Avec des éoliennes de 3 Mw, il n'en faudrait plus que 1800 pour fournir l'équivalent de Gravelines en électricité. Or, on sait que Gravelines fournit d'autres régions et exporte vers l'Angleterre ; on serait donc, avec le seul éolien, en surabondance. |
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![]() Groupe Nord Nature en visite aux "3 Suisses" près de Roubaix (ph. A. Vaillant) |
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Quantitativement, la question nucléaire-éolien est donc réglée: L'ÉOLIEN PEUT REMPLACER LE NUCLEAIRE Restent à voir le qualitatif et les problèmes. Avec l'éolien, pas de pollution nucléaire et pas de pollution par le C02, donc, sécurité absolue de ce côté. Que peut-on reprocher à l'éolien ? A ce sujet, trois remarques reviennent sans cesse : la pollution sonore, la pollution paysagère ou esthétique, les risques pour l'avifaune.
Or, ni l'une, ni l'autre ne tiennent la route. Pour ce qui est de la pollution sonore, il suffit d'aller voir et d'écouter au pied ou à proximité d'une éolienne en fonctionnement : un ronronnement... oui... c'est tout ! le bruit d'une voiture à essence qui roule, c'est tout, pas celui d'un diesel, ni d'un poids lourd, ni d'un tracteur. Le bruit émis par une grosse centrale d'une dizaine ou plus d'éoliennes ? Je n'en sais rien, mais il ne peut être pire que celui qui nous vient d'une autoroute même à 200 ni de distance. Cet argument-là ne peut être tenu que par des personnes qui n'ont pas approché la réalité. En ce qui concerne la pollution paysagère ou esthétique, là aussi il faut être réaliste. Personnellement, je trouve les éoliennes plutôt élégantes et gracieuses. Certains diront peut-être qu'elles s'intègrent moins bien qu'un peuplier dans un paysage naturel... Mais... que peut-on dire des pylônes EDF ? et tout particulièrement des pylônes HT et THT qui, aujourd'hui courent partout, dans tous les paysages... ? Combien y a-t-il de tels pylônes par commune, par département, par région ? Est-ce parce qu'ils sont si nombreux qu'on ne les voit plus et qu'ils s'intègrent dans nos paysages habituels ? Il faut être logique, et savoir reconnaître que s'il y avait plus d'éoliennes bien réparties sur le territoire, il y aurait besoin de beaucoup moins de pylônes pour les transports "électricité à longue distance. Là aussi il faut choisir. Et puis, autrefois, nous avions bien nos moulins à vent. Dans le Nord Pas-de-Calais, ils existaient presque partout, et pas seulement sur la côte. Aujourd'hui on les trouve plutôt beaux, et on les restaure. Alors, les éoliennes .7 ... Il ne reste plus qu'un seul argument à considérer contre les éoliennes : les risques pour les oiseaux. Je ne sais pas si ces risques ont fait l'objet d'études précises, mais l'examen du problème paraît clair. D'abord, les pales des éoliennes, si elles sont effectivement grandes, tournent lentement et même en plein mouvement, restent visibles à nos yeux d'hiumains. Les oiseaux, dont la vue est bien meilleure que la nôtre, ne les verraient-ils pas ? Ce serait étonnant, et toute comparaison d'une éolienne avec une moulinette pour volatile semble pour le moins exagérée. Et puis, dans ce domaine encore, il faut comparer avec les lignes électriques et les pylônes existants, comme il a été noté plus haut.
En conclusion L'énergie éolienne apparaît comme parfaitement valable pour relayer quantitativement le nucléaire. Bien sûr, il est des zones où le vent souffle moins, des jours où il souffle peu, ou pas du tout (annexe 3). Et donc, de l'énergie d'une autre origine sera toujours nécessaire. Mais, pouvoir faire face aux risques et dangers du nucléaire est d'une importance primordiale. Avoir aussi son énergie localement, sans dépendre d'un pouvoir politique ou économique national ou supranational est capital : c'est là que résident la liberté et l'indépendance. Et puis, là encore, il faut éviter les concentrations. Le vent est une énergie décentralisée, les éoliennes doivent être réparties harmonieusement et judicieusement sur tout le territoire. Des "centrales éoliennes" ne sont donc, sauf exception, pas souhaitables (annexe 1). Les éoliennes ont le vent en poupe et des entreprises privées s'y intéressent (annexe 2) : c'est un signe de l'intérêt grandissant porté à cette forme &énergie. L'éolien entre aussi dans les programmes officiels de développement : le projet "Eole 2005" (annexe 4) le prouve et la Société d'Economie Mixte (S.E.I.M.) "Eoliennes du Nord-Pas de Calais" (partenariat Région, ADEME, EDF) se lance dans l'opération. L'éolien devient en effet concurrentiel au niveau des coûts. Il devient crédible et se présente comme une alternative sérieuse au nucléaire. La voie des énergies renouvelables s'ouvre enfin, mais encore faut-il qu'elle ne dérive pas vers un nouveau totalitarisme énergétique, pour être totalement réussie.
Annexes (1) EDF s'intéresse vivement à l'énergie éolienne et c'est avec elle que s'élaborent les projets de Dunkerque et du Boulonnais. EDF souhaite sans doute avoir la main-mise sur les ,, centrales éoliennes" pour garder son pouvoir sur l'énergie électrique Mais l'indépendance consiste à n'être dépendant de personne et à disposer d'une énergie locale : EDF ne doit être là que pour reprendre et répartir éventuellement la surproduction. Ce sont donc les pouvoirs locaux qui doivent prendre en main l'installation des éoliennes. (2) Dans le Nord Pas-de-Calais, des entreprises privées s'y intéressent. L'un des géants de la vente par correspondance, les "3 Suisses", utilise déjà deux éoliennes installées sur un de ses sites à côté de Roubaix ; une autre entreprise privée a la sienne à Wormhout (on la voit de l'autoroute Lille-Dunkerque) ; et d'autres y viendront. (3) Il y avait des moulins à vent presque partout dans la région : on peut y placer des éoliennes car nous sommes en zone privilégiée. Les observations modernes ont aussi repéré les zones les plus ventées : elles doivent être privilégiées pour les installations. Mais la force locale du vent n'est pas le seul critère à prendre en considération ; d'autres (usage local, paysage, ... ) doivent aussi entrer en ligne de compte. (4) La France a mis en projet un programme dit "Eole 2005" qui envisage la production, à partir de l'énergie éolienne, d'une puissance de 500 mégawatts MW pour les cinq ans à venir. Il semble malheureusement que le projet mise surtout sur des "centrales" éoliennes et non des installations déconcentrées. C'est dans ce cadre qu'est envisagée pour 2001 une plate-forme éolienne off shore au large de Dunkerque : 10 éoliennes fixées sur des pieux à 5 km environ en mer. Elles pourraient fournir 7,5 Mw. Ce projet pose tout de même quelques problèmes. D'abord celui des risques pour la navigation dans une zone marine très fréquentée. Et puis de telles installations en mer ne courent-elles pas des risques importants de détérioration par corrosion qui entraîneraient des frais d'entretien non négligeables ? Les marins ont déjà manifesté pour exprimer leur opposition. Peut-être faudrait-il revoir le projet. De plus, une puissance éolienne de 500 Mw pour 2005, semble bien modeste compte tenu de ce qui est dit plus haut. On peut et il faut faire beaucoup plus : c'est 5000 Mw au moins qui doivent être envisagés ! |
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