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Les fiches de Nord Nature | Collection "Milieux naturels" | 2008 | toutes les fiches |
Canaux
et rivières, |
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| Auteur : Jérome Baveux, Fédération Nord Nature | accueil | |||
La région Nord Pas-de-Calais est pourvue de nombreux canaux qui témoignent de son histoire industrielle. Classés parmi les milieux aquatiques, ce sont pourtant des écosystèmes à part que je vous propose de comparer à leur équivalent naturel, les rivières, pour mieux en saisir les caractéristiques.
1. A l’origine…
Une rivière est un élément naturel du paysage qui résulte de l’écoulement de l’eau d’un bassin-versant* vers l’aval. Un canal est une création humaine qui répond en général à des besoins industriels et urbains. La rivière est donc façonnée par la nature et le canal par l’homme.
2. Une question de conformation
Leur aspect peut paraître similaire pourtant les différences
sont importantes.
Prenons la forme en long, un canal est globalement rectiligne et calibré.
Il en résulte un courant homogène dans l’ensemble du milieu
et une vitesse de l’eau accrue. Une rivière a un cours sinueux
et forme des méandres. Le courant est ainsi régulièrement
freiné et on observe une succession de rapides et de calmes.

Par le travers, un canal présente une section constante avec des berges
abruptes, un fond plat et peu d’obstacles. La vie aquatique n’est
pas favorisée par cette configuration homogène. Les berges soumises
à l ‘érosion intense due au passage des bateaux sont aménagées
par des systèmes artificiels (palplanches, fascinages, enrochements…).
Elles sont souvent élevées et empêchent l’accès
à l’eau de nombreux animaux, notamment les amphibiens, qui ne peuplent
alors pas le milieu. Le courant fort limite la diversité des espèces
présentes. On peut trouver quelques poissons résistants (anguille,
carpe, brème, chevaine), des larves d’insectes adaptées
au courant (simulies, chironomes), des oiseaux opportunistes (hérons,
cormorans et mouettes). Mais c’est surtout la flore qui fait défaut,
premier maillon des chaînes alimentaires.
Les rivières avec leurs pentes douces, leur fond variable, leurs obstacles
procurant caches et abris regorgent d’une vie aquatique nombreuse et diversifiée.
La variété des habitats d’une rivière est souvent
indispensable au développement des espèces qui colonisent successivement
plusieurs niveaux des cours d’eau pour réaliser leur cycle de vie.
Pour prendre l’exemple de deux poissons, commençons par la truite
qui apprécient l’amont des rivières, zone fraîche
et oxygéné, et se tient préférentiellement dans
la partie moyenne et encombrée à l’abri du courant. Cette
espèce au printemps remonte dans la partie la plus haute de la rivière
pour trouver sa zone de reproduction (ou frayère) correspondant à
un fond plat et sableux en plein courant. Les œufs déposés
dans des petits creux sont ainsi fortement oxygénés et les jeunes
alevins de truites peuvent ensuite redescendre plus bas dans la rivière.
Le brochet vit dans la partie aval des cours d’eau, plus riche en nutriments
et en biomasse. Il occupe les zones calmes et disposant de caches (rochers,
végétation) où il guette ses proies. Il attend la fin de
l’hiver et les crues importantes pour gagner les prairies inondées
et pondre ses œufs sur la végétation immergée. Les
alevins éclosent rapidement puis regagnent le cours principal de la rivière
lorsque la crue se retire.
Ces exemples illustrent la réciprocité entre le l’habitat
et ses habitants : la diversité du milieu est indispensable pour assurer
la diversité de son peuplement.
3. Les rôles réciproques
Les canaux permettent la communication fluviale d’une part, et stabilisent le cours d’une rivière d’autre part (canalisation). Mais il faut prendre conscience que même si le cours de la rivière est ainsi stabilisé, les risques de crues ne sont pas diminués, au contraire ils sont accrus lorsque les rives sont endiguées. Le canal est en effet coupé des ses annexes hydrauliques (marais, nappes phréatiques, prairies inondables) qui constituent des « éponges naturelles » ou des exutoires lorsque l’eau monte. L’eau en montant se répand alors dans des zones qui n’étaient pas à l’origine inondées et crée des inondations dans des sites urbains par exemple qui étaient jusque là préservés.
Les rivières remplissent de multiples usages dont on
peut citer les principaux : réservoir écologique, ressource en
eau potabilisable, navigation, baignade, pêche.
Mais elles restent des milieux dont l’équilibre est fragilisé
notamment par les pollutions (eutrophisation ou intoxication) et les aménagements
(barrages, berges « aménagées »).
L’éventail des activités ou « usages de l’eau
» offert par une rivière est beaucoup plus vaste que celui proposé
par un canal.
4. La bonne gestion
Des solutions simples, naturelles et efficaces existent. Les berges d’un canal peuvent être aménagées de manière naturelle, comme le principe des berges lagunées, ce qui permet l’implantation d’une végétation aquatique. L’entretien du canal doit aussi être réalisé de manière régulière et douce, le fauchage de la végétation des rives étant par exemple nettement préférable à l’utilisation d’herbicides hautement toxiques.

Illustration du principe des berges lagunées (E. Vivier)
Les rivières de la région subissent inévitablement l’influence
de l’homme. Ainsi en zone agricole je ne peux que vivement recommander
l’implantation d’une bande enherbée permettant de retenir
une partie de la pollution (azote et pesticides) arrivant au milieu. Les berges
doivent être respectées et au besoin restaurées afin de
garantir une végétation favorable à la vie aquatique. Il
faut être vigilant face à l’introduction d’espèces
invasives qui perturbent fortement l’écosystème en prenant
la place des espèces autochtones. On compte de trop nombreux exemples
(poisson-chat, ragondin, écrevisse américaine, jussie, jacinthe
d’eau….).
Enfin il faut concilier les usages de l’eau et les pratiquer de manière
raisonnée. Un ensemble de petites perturbations du milieu peut être
aussi dommageable qu’une grande perturbation.
Ce que je soulignerais pour fournir, c’est la formidable capacité
du milieu à se restaurer seul lorsque les actions nuisibles de l’homme
cessent. Certes le cours d’eau ne retrouve que difficilement son état
naturel, certaines interventions sont irréversibles, mais la reconquête
d’un état satisfaisant de l’écosystème est
courante lorsqu’on laisse le milieu tranquille.
* Bassin-versant : ensemble du territoire qui rassemble les eaux de pluies alimentant un cours d’eau
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