logo_nn.gif (3319 octets) Les fiches de Nord Nature Collection "Milieux naturels" 2008 toutes les fiches

Canaux et rivières,
des milieux aquatiques bien distincts

Auteur : Jérome Baveux, Fédération Nord Nature accueil

 

La région Nord Pas-de-Calais est pourvue de nombreux canaux qui témoignent de son histoire industrielle. Classés parmi les milieux aquatiques, ce sont pourtant des écosystèmes à part que je vous propose de comparer à leur équivalent naturel, les rivières, pour mieux en saisir les caractéristiques.


1. A l’origine…

Une rivière est un élément naturel du paysage qui résulte de l’écoulement de l’eau d’un bassin-versant* vers l’aval. Un canal est une création humaine qui répond en général à des besoins industriels et urbains. La rivière est donc façonnée par la nature et le canal par l’homme.


2. Une question de conformation

Leur aspect peut paraître similaire pourtant les différences sont importantes.
Prenons la forme en long, un canal est globalement rectiligne et calibré. Il en résulte un courant homogène dans l’ensemble du milieu et une vitesse de l’eau accrue. Une rivière a un cours sinueux et forme des méandres. Le courant est ainsi régulièrement freiné et on observe une succession de rapides et de calmes.



Par le travers, un canal présente une section constante avec des berges abruptes, un fond plat et peu d’obstacles. La vie aquatique n’est pas favorisée par cette configuration homogène. Les berges soumises à l ‘érosion intense due au passage des bateaux sont aménagées par des systèmes artificiels (palplanches, fascinages, enrochements…). Elles sont souvent élevées et empêchent l’accès à l’eau de nombreux animaux, notamment les amphibiens, qui ne peuplent alors pas le milieu. Le courant fort limite la diversité des espèces présentes. On peut trouver quelques poissons résistants (anguille, carpe, brème, chevaine), des larves d’insectes adaptées au courant (simulies, chironomes), des oiseaux opportunistes (hérons, cormorans et mouettes). Mais c’est surtout la flore qui fait défaut, premier maillon des chaînes alimentaires.




Les rivières avec leurs pentes douces, leur fond variable, leurs obstacles procurant caches et abris regorgent d’une vie aquatique nombreuse et diversifiée. La variété des habitats d’une rivière est souvent indispensable au développement des espèces qui colonisent successivement plusieurs niveaux des cours d’eau pour réaliser leur cycle de vie. Pour prendre l’exemple de deux poissons, commençons par la truite qui apprécient l’amont des rivières, zone fraîche et oxygéné, et se tient préférentiellement dans la partie moyenne et encombrée à l’abri du courant. Cette espèce au printemps remonte dans la partie la plus haute de la rivière pour trouver sa zone de reproduction (ou frayère) correspondant à un fond plat et sableux en plein courant. Les œufs déposés dans des petits creux sont ainsi fortement oxygénés et les jeunes alevins de truites peuvent ensuite redescendre plus bas dans la rivière.
Le brochet vit dans la partie aval des cours d’eau, plus riche en nutriments et en biomasse. Il occupe les zones calmes et disposant de caches (rochers, végétation) où il guette ses proies. Il attend la fin de l’hiver et les crues importantes pour gagner les prairies inondées et pondre ses œufs sur la végétation immergée. Les alevins éclosent rapidement puis regagnent le cours principal de la rivière lorsque la crue se retire.
Ces exemples illustrent la réciprocité entre le l’habitat et ses habitants : la diversité du milieu est indispensable pour assurer la diversité de son peuplement.

3. Les rôles réciproques

Les canaux permettent la communication fluviale d’une part, et stabilisent le cours d’une rivière d’autre part (canalisation). Mais il faut prendre conscience que même si le cours de la rivière est ainsi stabilisé, les risques de crues ne sont pas diminués, au contraire ils sont accrus lorsque les rives sont endiguées. Le canal est en effet coupé des ses annexes hydrauliques (marais, nappes phréatiques, prairies inondables) qui constituent des « éponges naturelles » ou des exutoires lorsque l’eau monte. L’eau en montant se répand alors dans des zones qui n’étaient pas à l’origine inondées et crée des inondations dans des sites urbains par exemple qui étaient jusque là préservés.

Les rivières remplissent de multiples usages dont on peut citer les principaux : réservoir écologique, ressource en eau potabilisable, navigation, baignade, pêche.
Mais elles restent des milieux dont l’équilibre est fragilisé notamment par les pollutions (eutrophisation ou intoxication) et les aménagements (barrages, berges « aménagées »).
L’éventail des activités ou « usages de l’eau » offert par une rivière est beaucoup plus vaste que celui proposé par un canal.


4. La bonne gestion

Des solutions simples, naturelles et efficaces existent. Les berges d’un canal peuvent être aménagées de manière naturelle, comme le principe des berges lagunées, ce qui permet l’implantation d’une végétation aquatique. L’entretien du canal doit aussi être réalisé de manière régulière et douce, le fauchage de la végétation des rives étant par exemple nettement préférable à l’utilisation d’herbicides hautement toxiques.

Illustration du principe des berges lagunées (E. Vivier)


Les rivières de la région subissent inévitablement l’influence de l’homme. Ainsi en zone agricole je ne peux que vivement recommander l’implantation d’une bande enherbée permettant de retenir une partie de la pollution (azote et pesticides) arrivant au milieu. Les berges doivent être respectées et au besoin restaurées afin de garantir une végétation favorable à la vie aquatique. Il faut être vigilant face à l’introduction d’espèces invasives qui perturbent fortement l’écosystème en prenant la place des espèces autochtones. On compte de trop nombreux exemples (poisson-chat, ragondin, écrevisse américaine, jussie, jacinthe d’eau….).
Enfin il faut concilier les usages de l’eau et les pratiquer de manière raisonnée. Un ensemble de petites perturbations du milieu peut être aussi dommageable qu’une grande perturbation.
Ce que je soulignerais pour fournir, c’est la formidable capacité du milieu à se restaurer seul lorsque les actions nuisibles de l’homme cessent. Certes le cours d’eau ne retrouve que difficilement son état naturel, certaines interventions sont irréversibles, mais la reconquête d’un état satisfaisant de l’écosystème est courante lorsqu’on laisse le milieu tranquille.

* Bassin-versant : ensemble du territoire qui rassemble les eaux de pluies alimentant un cours d’eau


 

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